La presse « Comme la pluie… »

LA PRESSE  » COMME LA PLUIE »

Entre spectacle et performance, Philippe Léonard livre son spectacle par bribes, trop attiré par la fresque qu’il complète, gomme, modifie, exerçant une véritable fascination sur le spectateur captivé par la transformation des animaux des personnages, par l’oeuvre qui prend vie peu à peu, par la force d’un trait plus prononcé, la grâce d’un visage féminin, la douceur d’un portrait effacé. Puis le peintre s’interrompt, s’interroge, raconte son admiration pour ces peintures rupestres, rend hommage aux traces du passé ; glisse une cassette dans son lecteur et reprend de plus belle sur « Don’t let them draw your way », chanson porteuse de Juliette Richards et Philippe Morino.

Un spectacle de toute beauté, hypnotique, un bel hommage à l’art co-écrit par le metteur en scène Pierre Richards, où le comédien se révèle sous son meilleur jour.

Laurence Bertels – Coup de coeur – La Libre Belgique

Dessine-moi un spectacle. Osez Comme la pluie. Le Foule Théâtre n’y fait pas de grand discours, mais raconte un plaisir tout simple : Le dessin. En joignant le geste à la parole puisque, une heure durant, Philippe Léonard dessine une fresque en direct tout en retraçant son parcours. Et en partageant ses impressions. Dessiner au fusain, dans un geste ancestral, comme les premiers hommes préhistoriques qui grattaient la paroi des grottes avec un morceau de bois ramassé dans le feu. Effacer le trait pour laisser une image fantôme avant de redessiner dessus pour créer de la profondeur. Mettre en œuvre une idée furtive pour ne pas la laisser filer comme la flamme d’une bougie qui s’éteint dans un courant d’air.

À mesure qu’il dessine des créatures mythologiques, des couples naïfs, des modèles vivants, des cheveux dans le vent, le comédien divague sur la peinture flamande, l’utilité de l’art. Il y a chez lui une douceur enveloppante. Hypnotisé par les coups de crayons à l’oeuvre, on se love dans ses digressions narratives et picturales. On ressort tout simplement avec l’envie féroce de saisir un crayon, une feuille et de laisser courir son inspiration. Avec dans la tête la bande son électrisante de Golden Gloss ans the Cannon, et particulièrement leur « Don’t let them draw your way » (Ne les laissez pas tracer votre chemin), injonction taillée sur mesure pour les ados.

Catherine Makereel – Le Soir
Aller au théâtre, au gré des âges, de 8 à 12 ans c’est avoir l’envie de suivre la salutaire injonction du spectacle Comme la pluie ; « Dessine comme si tu dansais, dessine comme si tu traçais la route ! »

« Tu as un très joli coup de crayon ! ». Il suffit parfois d’une phrase valorisante et encourageante pour donner l’envie d’aller plus loin. Ici, une tante à son neveu qui, du haut de ses 8 ou 9 ans, lui avait fièrement offert son dessin. Des années plus tard, le dessin était toujours là. Des années plus tard, cet homme s’inscrit, la cinquantaine passée, à l’académie. Et depuis, il peint, avec bonheur. Nous entrons dans son atelier. Bonnet rouge, habits beiges, il s’active. Papier tendu sur un chevalet géant, radio K7, fusains et chiffon, il s’élance, tout en papotant, le plus naturellement du monde; « Parfois, on a une idée qui vient, il faut la réaliser sans attendre. Un peu comme la flamme d’une bougie qui risque de s’éteindre dans un courant d’air. »
Alors, il peint là, devant nous et, mine de rien, entre deux phrases, deux musiques, une courte pause, c’est tout un univers qui surgit sur la « toile » vierge.  Impressionnant. « Dessine comme si tu dansais, dessine comme si tu traçais la route… »
Ce spectacle est un cadeau car c’est un passionné qui nous contamine, petits et grands, de sa propre passion. Dans la plus grande authenticité qui soit. Partageant là même, l’idée de processus, de chemin, de liberté… On se dit alors qu’« on est bien avec lui ». Il captive, apaise et emmène en voyage. Il y a 25.000 ans, des hommes et des femmes réalisaient des dessins sur des parois de grottes. Ces dessins nous ont été livrés. « Quelles traces de nous dans 25.000 ans ? ». De la « poésie inutile comme la pluie » ?

Sarah Colasse – Le ligueur

Cette fresque, c’est l’élément principal du spectacle. Il est capable de fasciner ceux qui la regardent. En effet, les quelques traits tracés au fusain au début se transformeront petit à petit, deviendront des créatures, des éléments de paysage. Il y a toujours des surprises lorsqu’une courbe qui semblait une route, le galbe d’une jambe se retrouve finalement la silhouette d’un cheval.

Philippe Léonard, le comédien, est aussi un praticien de la parole. Au dessin il ajoute donc des mots parcimonieux. Pas de bavardage. Des anecdotes personnelles. Quelques références, de Fautrier à Dodeigne et d’autres. Des réflexions sur l’art. Un soliloque adressé néanmoins à un public…

Michel Voiturier – Rue du Théâtre

 

LA PRESSE – INDIENS

De la tendresse on en trouve en barre dans Indiens, spectacle tout doux sur un grand-père un peu marginal, peau rouge qui ne marchera jamais dans la file indienne.
Seul sur scène, Philippe Léonard ne convoque ni plumes, ni calumet, seul un bosquet abritera parfois un tipi imaginaire. Le comédien et sa bouille de vieux
chef indien se coulent dans la peau d’un gamin tout à ses souvenirs de l’original grand-père, marchand de cochons à Schaerbeek qui traversait la vie comme un bison futé, libre comme le vent, aigle noir qui disparut avant que la sénilité ne le rattrape.
Espiègle et touchant.
Catherine Makereel – Le Soir – 24 aout 2012

Seul en scène, auprès d’un arbre d’automne, un homme nous raconte l’histoire de son grand-père, ce « peau-rouge qui ne marchera jamais en file indienne ».
Où est-il ? Nul ne le sait. Il marche probablement…
Depuis 40 ans, cela lui fait un sacré beau tour du monde ! Il fait « à l’âge de la Tour Eiffel », la fierté de son petit-fils qui, lui-même « à l’âge de l’Atomium », revisite, avec l’énergie d’un adolescent, un à un, les fabuleux souvenirs qu’il en a. De sa présence tonitruante à la sortie de l’école pour aller chercher son « little big man » de petit-fils au coucher du soleil devant leur tipi commun. Sur un début et une sortie rock n’ roll qui résonnent comme des élans de vie, la pièce évoque non seulement la complicité intergénérationnelle mais pose également, en filigrane, la question délicate dans notre société actuelle : que fait-on de nos « vieux » ? Avec Philippe Léonard, sincère, authentique et touchant.
Dans une mise en scène très dynamique de Pierre Richards.
(Spectacle Coup de coeur)
Sarah Colasse – Le Ligueur – Septembre 2012

D’une grande générosité comme toujours et d’une belle vivacité, Philippe Léonard, auteur et comédien aussi sincère que talentueux vient, seul en scène, raconter l’histoire de ce grand-père, égaré, ou échappé du monde. Edouard a disparu voici quarante ans, le jour sans doute où il a compris qu’il devenait un peu dérangé du chapeau. Depuis, en imaginant qu’il ait parcouru 5 kilomètres par jour, il a eu le temps de faire le tour de la terre, de Schaerbeek jusqu’en Californie mais aussi en Inde, à Santiago, à Valparaiso,au Pôle Sud, etc. Un périple imagé qui permet au petit-fils de rêver et revivre cette complicité partagée avec son cher aïeul, cet indien qui jamais n’entrera dans la file.
Laurence Bertels – La Libre Culture – 5 septembre 2012